Homélie de la solennité du Christ, Roi de l’Univers

28 novembre 2023

« Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” »

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Texte de l’homélie

Voilà plusieurs dimanches que nous entendons des paraboles que nous appelons « paraboles du royaume » ou, selon un terme un peu compliqué : des paraboles eschatologiques, c’est à dire qu’elles annoncent la fin des temps. C’est également le cas des paraboles des talents lue dimanche dernier ainsi que celle des mines donnée cette semaine dans l’évangile de Saint Luc.

Ce qu’il y a de particulier dans cette parabole de Matthieu 25 c’est la définition du royaume :

« Mon royaume n’est pas de ce monde. »

Ce sont les paroles de Jésus à Pilate :

« Si mon royaume était de ce monde, j’aurais appelé des gardes pour me défendre. Mon royaume n’est pas d’ici. »

Et on voit bien dans les différentes définitions que le Seigneur donne dans cet évangile va dans le sens de s’approcher de la faiblesse, de la vulnérabilité de l’autre. C’est là où se trouve Sa présence. C’est là où se trouve l’Esprit-Saint.

Quand nous osons nous approcher de celui qui a faim, soif, est étranger, nu, ou malade, nous trouvons dans cette vulnérabilité la présence de Dieu Lui-même. Ceci est très fort et profondément encré dans notre ADN chrétien de disciple de Jésus. Pour nous, il y a une identification entre la personne du pauvre quelqu’un soit – baptisé ou non - et la personne de Jésus.

Vous connaissez peut-être l’histoire du Père Verlinde qui a fondé une communauté qui s’appelle la famille Saint Joseph. Avant d’être prêtre, il était maître Yogi. Il est allé tout un temps suivre un maître en Inde pour rentrer dans cette dimension spirituelle qu’est le Bouddhisme, du reste plus une philosophie qu’une religion. A un moment donné, marchant dans la rue, son pied accroche quelque chose. Il s’arrête et voit que c’est une personne qui est à toute extrémité. Il interpelle son maître qui est à ses côté pour venir au secours de ce pauvre malheureux, et le maître lui répond qu’il faut le laisser car c’est son karma, qu’il faut surtout ne rien faire…

Vous le savez sans doutes, Mère Thérésa a eu toutes les peines du monde pour venir en aide aux pauvres en Inde pour la même raison : c’est leur karma, c’est écrit !

Mais lui, qui était baptisé et avait eu une éducation chrétienne et l’avait enfouie à force de chercher dans d’autres formes de spiritualités s’est réveillé. Il ne pouvait pas raisonner ainsi. S’il ne pouvait pas aider cet homme tombé dans la rue, il y avait quelque chose en lui qui était nié. Et c’est là qu’il s’est mis en chemin, qu’il a arrêté cette pratique du Yoga comme maître. Il était pourtant arrivé à un tel niveau de méditation, s’étant entraîné à capter les énergies, que, dans la position du lotus avec les jambes croisées l’une sur l’autre, il lui arrivait léviter !

Peut-être nous est-il difficile de réaliser cela car c’est l’ADN de notre société occidentale. Pourtant, au tout début du christianisme, il était évident qu’il s’agissait d’aller à la rencontre de ceux que tous rejetaient. Vous vous rappelez bien du judaïsme du temps de Jésus, à propos de l’aveugle de naissance, on se demandait :

« Est-ce lui ou ses parents qui ont péché ? »

Si tu as faim, que tu as soif, que tu es un étranger, nu ou malade, est-ce toi ou tes parents qui ont péché ? Voyez-vous le côté révolutionnaire de notre Foi ?

Au début du Christianisme, on a vu des femmes de la haute bourgeoisie romaine aller donner l’équivalent de la soupe populaire, et là où l’Église est arrivée, elle est allée aux frontières de l’humain pur installer des hôpitaux et des écoles.
« J’étais nu et vous m’avez habillé, j’étais analphabète et vous m’avez instruit… » : on voit bien cette identification qui est devenue pour nous une telle évidence : celle entre la personne du pauvre et la personne du Christ, et nous sommes les seuls à penser ça. “

Nous les disciples de Jésus sommes les seuls à penser cela. Ce n’est le cas d’aucune autre religion. Le contact avec la fragilité, la vulnérabilité, voilà le royaume que Jésus annonce.

Et dans cette parabole de Matthieu 25, Jésus nous montre que nous sommes appelés à nous mettre en relation avec des personnes qui sont en fragilité. Dans un autre passage, c’est avec ces paroles :

« Venez les bénis de mon Père. »

Il y a quelque chose de l’expérience de Dieu que l’on fait auprès des plus pauvres, auprès de ceux qui viennent toucher mon incapacité d’aimer.

Pour avoir travaillé comme aumônier de prison pendant quelque années en Argentine, j’ai connu des situations de grande précarité avec des situations éloignées de la foi. Et pourtant, Jésus dit que si on veut Le rencontrer, c’est là où il faut aller. Si vous voulez découvrir mon royaume, n’agissez pas à la manière du monde, mais à Sa manière.

Et Jésus n’a eu de cesse d’éduquer Ses disciples. Et l’on voit bien comment l’Eucharistie est une pédagogie du Royaume. Il nous dit qu’Il est présent dans cette fragilité du pain et du vin. Ne nous habituons jamais à ce grand mystère. Posons notre regard sur Lui et rentrons dans un émerveillement intérieur, Il est là.

Et parce que nous découvrons qu’Il est là, ce contact avec Jésus dans l’Eucharistie et dans la messe, dans ce pain et ce vin consacrés, nous renvoie au corps du Christ et à toutes les œuvres de charité matérielles et spirituelles que le Seigneur nous invite à réaliser comme témoin de Jésus.

Quand on voit quelqu’un qui prend soin de l’autre et découvre sous cet aspect de la pauvreté toute l’humanité qu’il y a là, on peut voir le bien qui est fait – pensons au Secours Populaire, aux Restaus du Cœur – et qui a été transmis du Chrétien à la société. Si on voit quelqu’un qui n’est pas de notre confession et qui pose ce geste de soutien au plus pauvre, nous pouvons lui dire que pour nous, c’est le Saint Esprit qui le pousse et qui agit à travers lui.

Quelle est la différence entre donner à manger à celui qui a faim car il a faim ou le faire pour répondre à la parabole ? Matériellement, il n’y en a aucune car on nourrit un affamé. Mais en réalité, il y a une énorme différence entre nous comme Chrétien, quand nous posons cet acte, d’amour, de soutien et de nous rapprocher de la vulnérabilité de notre prochain, il y a quelque chose à voir avec notre vie éternelle. Nos actes retentissent dans la vie éternelle. Nous sommes les seuls à croire cela aussi.

Comme Jésus l’a dit :

« Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Et c’est déjà un anticipation, un goût du Royaume. Le règne de Dieu a été l’objet d’une longue pédagogie dans l’Évangile. Il n’est pas caractérisé par la force et la puissance et on le voit bien au moment de l’arrestation du Christ quand Pierre voulait sortir son épée :

« Range ton épée car celui sort l’épée meurt par l’épée. »

Rappelons que les disciples et tout le peuple attendaient un messie politique. Au contraire, Jésus demande d’accepter la vulnérabilité et la fragilité dans notre vie, de ne pas les considérer comme une menace.

Il nous faut également accepter d’être un pauvre à certaines heures et de découvrir une présence de Jésus dans cette fragilité. Voilà notre foi, et elle très belle. Quelle chance que d’avoir la foi et de croire..

Dans cette célébration, nous allons demander de se laisser déposséder de toute désir de pouvoir, même si ce n’est pas facile. Que l’Eucharistie nous pousse à renoncer à toute forme de puissance sur l’autre et à cacher nos vulnérabilités. Acceptons de voir qu’il y a là un lieu théologique du Royaume. Il est là parce que Jésus est là, juste là,

Amen


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Ézéchiel 34,11-12.15-17.
  • Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15,20-26.28.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25,31-46 :

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire.
Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”
Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?”
Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.”
Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?”
Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »