Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs
Les textes d’Évangile de ces trois semaines sont une lumière sur le baptême. La dernière fois : baptême était vu don de la grâce, cette vie divine en nous.
Aujourd’hui : le baptême, est perçu comme une illumination ! Nous avons un peu oublié tout cela, mais autrefois, les baptisés étaient appelés photismatoi, c’est-à-dire les « illuminés », et le cierge allumé au Cierge Pascal, représentant le Christ ressuscité, remis au baptême en témoignait.
L’aveuglement
Aujourd’hui donc Jésus guérit un Aveugle de naissance. Cela doit se rapporter au plan symbolique, c’est à dire que que nous naissons aveugles. En effet, nous oublions trop cette conséquence du péché originel. Nous savons bien qu’il affaiblit notre volonté trop vite dominée par les caprices, mais nous oublions, qu’il a entraîné l’ignorance.
Avant la faute, Adam vivait dans une familiarité avec Dieu, il entendait son pas dans le jardin du paradis ; il parlait librement avec lui.
Après la faute, Dieu cesse d’être évident, l’œil de l’homme s’est enténébré. Dieu est loin, Dieu est vu comme une menace…
Mais cet aveuglement ne nous empêche pas seulement de voir Dieu tel qu’il est, mais aussi le monde. Quand nous n’y discernons pas la main de Dieu, le monde n’est que violence et non-sens, nous n’y voyons aucun intérêt. Et que dire de l’homme ? une erreur de la nature, un trouble-fête perpétuel qu’il faudrait faire disparaître de l’univers ?
Bref, nous avons perdu la contemplation, qui est de voir Dieu comme le Christ le voit, et le monde comme Dieu le voit. Le monde est devenu comme cette tapisserie dont ne voyons que le dos : tout est incompréhensible et laid…
Voir
Alors que si nous regardons le monde à l’endroit ; tout prend sens ! Mais c’est un vrai don de Dieu que cette contemplation. Saint Paul parlait de metanoia, un changement de mentalité, une nouvelle manière de percevoir toute chose.
Et Dieu donne cette nouvelle vision avec la grâce du baptême, mais elle va se déployer peu à peu (cf. Saint Marc) ; il arrive que Dieu la donne d’un seul tenant, d’un seul bloc et c’est ce qu’il se passe pour cet aveugle :
« Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé et maintenant j’y vois. »
Écoutons le récit de la conversion d’André Frossard, un académicien mort il y a quelques années. Il la décrit comme un éclair soudain qui a déchiré l’obscurité et lui a fait voir tout autrement :
Debout, devant la porte, je cherchais des yeux mon ami sans arriver à le reconnaître. Mon regard passait de l’ombre à la lumière, des fidèles aux religieuses, à l’autel. Il s’arrêta sur la deuxième bougie qui brûlait à gauche de la Croix (j’ignorais de me trouver en face du Saint Sacrement).
Et voilà que tout à coup se déchaînent une série de prodiges d’une violence inépuisable qui vont démolir en un instant l’être absurde que je suis, D’abord je me sentis souffler ces mots “Vie Spirituelle”. Puis une grande lumière, un monde. Un autre monde d’une splendeur et d’une richesse qui, du coup, renvoient le nôtre parmi les ombres fragiles des rêves non réalisés. L’évidence de Dieu, duquel je sens toute la douceur… »
Il s’agit d’une rencontre de l’ordre de l’évidence, du fait incontestable. Comme cet aveugle tourmenté par les pharisiens qui ne trouvent qu’à leur opposer un fait :
« Il y une chose que je sais : j’étais aveugle et maintenant je vois. »
Frossard disait ingénument à ceux qui le tarabustaient :
Que puis-je y faire si le catholicisme est vrai, si cette vérité est le Christ qui veut être rencontré ?
C’est nous qui avons perdu la passion de convaincre, de témoigner, de convertir. »
La foi
Mais pour voir nous devons faire notre part. Il est très beau que, dans l’Évangile de Jean, il soit demandé à l’aveugle de se laver : il doit faire sa part pour voir. _ Cette part, quelle est-elle ? c’est la foi !
Et qu’est-ce que la foi ? c’est ce qui va profondément humaniser notre découverte de la vérité : notre foi est certes un système de formules parfaitement cohérentes entre elles… mais elle est plus encore assentiment à une personne ; Jean-Paul II résumait ainsi :
« Qu’est-ce que la foi ? elle est une vérité à croire et une personne à qui faire confiance… La vérité c’est quelqu’un, c’est Jésus-Christ. »
Notre évangile est magnifique, parce qu’il manifeste bien que cette guérison est symbolique d’une guérison plus profonde : l’aveugle accueille le Christ dans la foi.
« Jésus vint trouver l’homme et lui dit : « Crois-tu au fils de l’homme ? »
— Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur ,pour que je croie ? »
— Jésus lui dit : « Tu le vois c’est lui qui te parle. »
— Il dit : « Je crois Seigneur » et il se prosterna. »
N’oublions jamais que même si on a pu employer les mots d’évidence, la foi n’est jamais automatique, jamais acquise. Elle est une activité profonde pour laquelle il faut toujours en demander la grâce. Elle engage notre cœur et notre volonté. Pourtant, ce n’est pas toujours facile de croire.
Quand tout lui semblait désespoir autour d’elle, dans les ténèbres de la maladie qui dressait un mur entre Dieu et elle, Thérèse de Lisieux disait :
« Je crois parce que je veux croire »
Et elle a maintenu fermement cette décision. Ce choix de croire s’enracine dans un travail basé sur deux actions :
Lire et étudier l’Écriture
Il est indispensable de lire intelligemment et d’étudier avec passion la doctrine, faire de la théologie. Plus nous travaillons la foi, plus elle s’enracine en nous.
Saint Paul dit :
« La foi naît de la prédication. »
Comment avoir la Foi si je n’entends pas la prédication de cette parole ? Rien ne la fait naître en moi et frères vite elle s’anémie. Où en sommes-nous de cette lecture intelligente, persévérante et studieuse de la Bible ? Combien de fois lisons-nous les évangiles en nous disant que nous les connaissons assez bien déjà ? Creusons, il y a toujours une nouveauté, la Vérité ne se répète jamais !
Cette étude la Parole est si importante… Nous les catholiques, nous péchons par manque d’étude et d’intelligence de notre Foi. Plus nous l’estimons, plus nous la voyons comme un trésor d’intelligibilité, plus nous resterons fidèles car nous aurons vu, du moins mieux vu…
La prière
Un deuxième point indispensable est la rencontre du Seigneur dans la prière : dans l’intimité de la prière, Jésus cesse justement d’être un abstraction, une vérité un peu lointaine, mais Il devient une personne, Il devient un ami. Je comprends alors qui est Dieu…
Voir ainsi le Christ va nous attacher à Lui. Si nous ne faisons pas cette expérience de cette quasi vision, nous risquons d’abandonner.
Je me permets de citer cette petite histoire qu’aimait bien raconter notre évêque en Argentine : il s’agit de chasse à courre. La question est de savoir pourquoi, dans une meute, certains chiens vont aller jusqu’au bout pour poursuivre le gibier, tandis que d’autres abandonnent ? Ce ne sont pas forcément les plus jeunes ou les plus vigoureux, mais ce sont ceux qui, au départ, ont vu le cerf ou le chevreuil. Ils ne suivent pas le mouvement, mais ils savent que leur quête n’est pas vaine…
Pardon à ceux que cette comparaison peut choquer. Mais cela peut nous inspirer pour la Foi : lorsque nous avons vu le Christ, nous ne pouvons plus lâcher ! La petite Bernadette disait :
« Quand on a vu la Sainte Vierge, on ne peut plus être pareil après. On est comme attiré, comme en parfaite adhérence avec le Ciel. »
Cependant, une dernière chose : quand on se convertit, quand on voit et qu’on décide d’avoir le Foi, les ennuis vont parfois de pair…
Le combat
Tout l’Évangile témoigne : à peine cet homme est-il guéri que tous s’opposent à lui. Oui, la foi est un combat. Elle est combat contre nos propres doutes, nos désirs fous, nous découragements. Il doit s’isoler d’un peuple qui le stigmatise pour professer son Seigneur. De même pour nous, il y a ce combat contre ceux qui n’acceptent pas cette foi : moqueries et sarcasmes, voire accusation de fanatisme et d’en faire trop si on tâche d’être fidèle sur le plan moral aux exigences de sa foi.
Il faut savoir que cela ne va pas sans des difficultés mais de tels combats surmontés nous attachent davantage à notre unique Seigneur, notre amitié avec le Christ se creuse. Il pourra dire alors : « Je ne rougirai pas de toi devant mon père qui est aux cieux. »
Ce n’est qu’au terme de toutes ces persécutions que notre aveugle a pu confesser pleinement sa foi. Ainsi, ne craignons donc pas ces épreuves, elles feront du Christ notre ami, et vraiment Notre Seigneur, le Seigneur de nos vies.
Puissions-nous nous soutenir les uns les autres sur ce chemin. Puissions-nous nous appuyer sur Celle qui fut bienheureuse d’avoir cru et qui a maintenu cette foi vive jusqu’au bout, notre mère du Ciel,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Premier livre de Samuel 16,1b.6-7.10-13a.
- Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 5,8-14.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 9,1-41 :
En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent :
— « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
Jésus répondit :
— « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. »
Mais lui disait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait :
— « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répondit :
— « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent :
— « Et lui, où est-il ? »
Il répondit :
— « Je ne sais pas. »On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »
Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. »
D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle :
— « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »
Il dit :
— « C’est un prophète. »Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent :
— « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »
Les parents répondirent :
— « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent :
— « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit :
— « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. »
Ils lui dirent alors :
— « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit :
— « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier :
— « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit :
— « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent :
— « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? »
Et ils le jetèrent dehors.Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit :
— « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit :
— « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit :
— « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit :
— « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent :
— « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit :
— « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. »